C'est quoi, la vie d'un chaman?

Publié le par Rémi

Ah bon? L'envie me prendrait de vous raconter ma vie, et vous de la lire? Peut-être qu'après avoir publié " Le Chaman ne fait rien", il me vient une envie de vous expliquer que, si, quand même, le chaman fait quelque chose...

Prenons les choses par le commencement. Comment a-t-on l'idée saugrenue, en France, de devenir chaman? Comment on le devient? Et, moins évident, mais important: comment on le reste!

Juste une précision, ce texte n'est bien sûr pas un mode d'emploi: il s'agit simplement du récit rapide de ce qui m'est arrivé... Ne comptez pas sur moi pour me prétendre exemplaire!

Six ou sept ans en arrière, j'étais trésorier d'une association. Je suis allé frapper à la porte d'un éco-hameau pour faire la publicité d'une conférence sur l'écologie organisée à Dijon par cette association. L'homme qui me reçoit me parle pendant quelques minutes des huttes de sudation qu'il organise régulièrement...

Ouais, bof, ça a l'air bizarre...

Une dizaine de mois passent et, soudainement, me vient: il faut que je participe à une hutte de sudation! Moi qui, d'habitude, me renseigne énormément avant de me lancer dans quoi que ce soit, j'allais me plonger corps et âme dans une expérience inconnue!

Tous les vécus de hutte de sudation sont différents, et je voudrais, au cas où un jour vous y participiez, que vous soyez ouverts à ce qui va, pour vous, s'y passer. Je ne décrirai donc pas ma première expérience, seulement ce qui en est ressortit.

Ce fut pour moi une forte sensation de la présence du "sauvage-sacré". Je pourrais dire "l'église de la forêt"... Un souvenir de mon bac de français, avec Correspondances, de Baudelaire: "La nature est un temple, ou de vastes piliers..."

Et, juste après, une autre façon de l'exprimer: le sauvage-sacré, c'est le chamanisme!

Bon, à l'époque, je n'avais qu'une très vague idée de ce qu'est le chamanisme... Et je ne pensais pas du tout que j'allais en venir à donner des soins! En tout cas, la hutte de sudation est devenue une de mes pratiques régulières, revenant une fois par mois...

Je me plonge alors dans des livres (Le chaman et le psy, de Laurent Huguelit et Olivier Chambon, puis La voie du chaman, de Michael Harner, et bien d'autres encore...) Et,rapidement, je passe aux stages.

Ces stages sont un véritable "bouillon de culture chamanique"! Plus de 30 participants y pratiquent en même temps, voyageant en quête de ressources, donnant et recevant les soins... Peu de place pour le doute, qui finit par s'évanouir lors des pratiques où deux chamans voyagent en même temps, et reviennent pour évoquer la même histoire...

En parallèle, le "hasard" des rencontres m'a fait connaitre d'autres chamans dont les cérémonies sont des initiations, des lieux où l'on se fabrique les meilleurs comme les pires souvenirs...

Mais, pourquoi le chaman fait tout ça? Pourquoi ces expériences, comme la hutte de sudation ou les initiations, qui pourraient sembler masochistes?

On dit souvent qu'un chaman est un "os creux". Il doit être un canal, qui laisse passer les énergies. Mais, pour cela, il doit se nettoyer, se purifier, encore et encore. Il lui faut éviter que sa propre histoire, ses tracas quotidiens, ses propres fardeaux, et son ego, ne viennent se mettre en travers de ce qui doit passer.

Le chaman est aussi un explorateur de la nature de l'univers, de la nature humaine, et d'abord de sa propre nature! Expérimenter jusqu'à sa propre folie, et jusqu'à sa complète intégrité, est d'une grande utilité pour mieux comprendre celui à qui on va donner un soin, pour savoir par quoi il passe, où il peut aller, et par quels chemins...

La photo ci-dessus est une vue prise du fond d'un "puits d'initiation", fantaisie architecturale construite dans le palais Quinta de Regaleira, au Portugal. Rien de tellement chamanique, mais je trouve qu'elle montre bien le cheminement, les zones d'ombres, et la lumière qui y descend...

Le bien être vécu après un soin, particulièrement le recouvrement d'âme, et le fait d'avoir appris à amener quelqu'un à cet état d'intense intégrité m'a décidé à me lancer dans les soins: je ne peux pas garder ça pour moi!

Bien sûr, il m'a fallut mettre des choses en place. Plutôt que de répéter mécaniquement les exercices proposés, j'ai dû trouver ma propre voie, ma propre façon de donner un soin. Difficile aussi, au départ, de retrouver seul l'intensité des stages où 35 participants jouent ensemble du tambour pendant 20 minutes pour "faire monter l'énergie"...

J'ai donc combiné des pratiques amazoniennes qui me parlent à ce que j'avais déjà appris... Et, surtout, chaque jour commence pour moi par un rituel qui me permet, outre la purification (il y a toujours à faire!), d'entrainer et entretenir ma capacité à modifier mon état de conscience...

Le chamanisme est toujours inclusif, il accueille volontiers tout ce qui va dans le sens de la guérison... Ainsi mon rituel se termine par une séance de yoga... Etre bien dans son corps est important!

Vous êtes toujours là? Vus avez lu tout ça? Alors, vous voyez, la vie de chaman n'est pas forcément de tout repos... Et même les articles ne s'écrivent pas tout seuls!

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Hugues-Henri Chambon 14/10/2016 13:37

Voilà des mots qui résonnent comme un écho des miens. Ou l'inverse...Je crois que c'est de nos jours l'un des rares parcours initiatique qui soit autant personnel, autodidacte et émancipatoire. Une vraie découverte de soi comme espace cocréatif avec les énergies qui nous entourent et nous traversent. Il est tout de même plus reposant d'être chamane que d'être ce que la société normative tentait de nous imposer d'être. Vive les êtres authentiques...Hibou du Cercle Sacré.